Liptako-Gourma


La région du Liptako-Gourma, à cheval entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger, est l’épicentre de la crise sécuritaire qui secoue la bande sahélo-saharienne.

Carte du Liptako-Gourma
  • 3-4%

    de croissance

    Taux de croissance démographique annuel.

  • 42,3%

    de pauvreté élevée

    De la population vit avec un niveau de pauvreté élevé.

  • 90%

    en milieu rural

    De la population vit en zone rurale et dépend du pastoralisme transhumant et de l’agropastoralisme.

  • (Source : FAO / 2020)

Depuis 2012, la région est minée par un climat d’insécurité et de violences.


  • La région du Liptako-Gourma est une zone de continuité socioculturelle et économique où vivent plusieurs groupes ethniques aux traditions interdépendantes. Les conditions climatiques et environnementales y sont très difficiles, ce qui en fait une zone austère et fragile malgré des potentialités importantes en termes d’élevage, d’agriculture et de ressources minières et halieutiques. La transhumance transfrontalière, un des moyens de subsistance principal de la région, est l’une des activités les plus touchées par l’insécurité et l’une des principales causes de conflits inter et intracommunautaires.

    Principalement concentrée dans le septentrion malien jusqu’à la fin de l’année 2013, la crise sécuritaire s’est progressivement étendue au centre du pays avant d’impacter le Niger et le Burkina Faso, où la situation s’est considérablement dégradée en 2019 avec une prolifération des groupes armés, une augmentation des affrontements communautaires et l’ascension de l’extrémisme violent.

    Dans les trois pays, ces conflits causent un ralentissement des activités économiques et ont entrainé la fermeture de plusieurs milliers d’écoles et de centres de santé.

  • Beaucoup de jeunes se retrouvent aujourd’hui dans une situation de précarité sociale, ce qui exacerbe davantage leur défiance envers les autorités administratives et traditionnelles et les expose au recrutement par des groupes religieux radicaux et des groupes armés non étatiques. Les femmes sont particulièrement vulnérables à cette recrudescence des conflits qui s’accompagne d’un risque accru de violence sexuelle.

    Il est urgent d’instaurer une coordination plus efficace dans la résolution des conflits transfrontaliers entre les acteurs de la sécurité et de la justice et les communautés. Les agences des Nations Unies travaillent avec les états membres et l’autorité du Liptako-Gourma pour répondre à l’urgence des besoins humanitaires et assurer la continuité des services sociaux de base comme l’accès à l’éducation, à l’eau potable et à la santé. Elles œuvrent aussi à apporter une réponse coordonnée pour accroître la capacité de résilience des populations du Liptako-Gourma et prévenir les attaques des groupes armés et djihadistes qui peuvent se propager dans les pays voisins.

L’urgence humanitaire


  • Au Burkina Faso, le nombre de personnes déplacées internes a été multiplié par plus de dix en à peine plus d’un an (environ 80.000 personnes en janvier 2019 à plus de 920.000 en juin 2020). On estime à 2,2 millions le nombre de personnes en besoin d’aide humanitaire (mars 2020), ce qui pèse significativement sur les capacités de ce pays de près de 20 millions d’habitants.

  • – Burkina Faso –

    921.471

    Déplacés internes

    20.480

    Réfugiés

  • – Mali –

    230.881

    Déplacés internes

    27.489

    Réfugiés

  • – Niger –

    104.565

    Déplacés internes

    58.613

    Réfugiés

  • (Source : OIM / juin 2020)

  • Kaya, Burkina Faso, mars 2020 – PAM / Aurélia Rusek
  • Madeleine Sawadogo

    36 ans, déplacée depuis octobre 2019 au Burkina Faso


    « Je viens du village de Rofenega, situé dans le centre nord du Burkina Faso. Nous avons fui au moment où le village voisin a été attaqué. Puis ils ont attaqué notre village et mon père a été tué. Je vis dans une famille d’accueil à Kaya. Je suis venue très tôt à 8 heures ce matin car c’est un jour très important pour nous. À part l’aide du Programme alimentaire mondial, je ne reçois aucune autre aide. Le PAM me donne quatre sacs de céréales, deux sacs de haricots et deux bidons d’huile par mois. Je n’ai aucune activité ici qui me procure de l’argent. Je cours de recensement en recensement. Dès que j’entends que l’on recense des déplacés pour de l’aide j’y vais. Je ne pense pas que mon village sera en paix un jour et que nous pourrons y retourner car tout est détruit. »

Prévention des crises


Cette crise sans précédent dans la région a entraîné la mort d’environ 4.000 personnes en 2019.


  • Les régions de Mopti et Ségou au Mali ou du Nord et du Sahel au Burkina Faso connaissent une augmentation exponentielle des tensions sociales marquées par des épisodes de violences extrêmes. Le vivre-ensemble et la cohésion au sein des communautés sont mis à rude épreuve.

  • Dans ce contexte, les agences des Nations Unies, le Fonds pour la consolidation de la paix (PBF) et l’opération de maintien de la paix au Mali (MINUSMA) travaillent ensemble pour prévenir la radicalisation des jeunes, lutter contre l’extrémisme violent et promouvoir la cohésion sociale et la paix.

  • Sévaré, région de Mopti, Mali, février 2020 – UNESCO / Aurélia Rusek
  • Oumar Maïga

    Élève à l’école coranique de Sévaré au Mali


    « Je viens d’un village du cercle de Tenenkou, dans la région de Mopti. Tenenkou est une localité qui a vraiment été touchée par la violence. La paix est indispensable. Le fait qu’un cours sur la paix ait été introduit dans notre école, ça a vraiment été capital pour nous. Ces informations sont utiles pour moi mais aussi pour l’ensemble de la communauté. Nous pouvons en discuter avec notre famille et notre communauté et faire passer ces messages de paix et de vivre-ensemble. »

    À travers le projet « les jeunes, acteurs pour la paix et la réconciliation nationale », l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), en partenariat avec UNICEF et OIM, et financé par le PBF, soutient les équipes régionales d’appui à la réconciliation et encadre la formation des enseignants des écoles coraniques pour diffuser des messages de paix.

  • Abdoulaye Cissé

    Directeur adjoint de l’Institut Ahmed Baba au Mali


    Abdoulaye Cissé montre les restes de l’un des 4.200 manuscrits anciens brûlés par les groupes islamistes lors de l’occupation de Tombouctou en 2012. Écrit en bambara, wolof ou haoussa et traitant d’astronomie, de mathématiques, de médecine, de poésie, de religion ou de questions administratives, ces manuscrits anciens sont la mémoire du Sahel.

    De 2013 à mars 2019, l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), en collaboration avec la MINUSMA, a conduit un vaste programme de « réhabilitation du patrimoine culturel malien et de sauvegarde des manuscrits anciens ». La protection du patrimoine culturel est indissociable des efforts de paix et de réconciliation.

  • Tombouctou, Mali, décembre 2013 – MINUSMA / Marco Dormino
  • Kaya, Burkina Faso, mars 2020 – PNUD / Aurélia Rusek
  • Naomie Ouedraogo

    25 ans, coiffeuse à Kaya au Burkina Faso


    « J’ai été à l’école mais ça ne marchait pas. La formation « Rêver l’avenir » nous a montré comment prendre notre vie en main. Il ne faut pas compter sur quelqu’un et chacun doit préparer son avenir. La formation m’a beaucoup aidée pour me lancer dans la coiffure car avant je n’avais pas pris cela au sérieux. Après la formation, j’ai trouvé une coiffeuse qui accepterait de me former, puis je me suis installée sous cet arbre devant chez moi. »

    Le projet « Rêver l’avenir » est une solution locale développée par des enseignants et mis en œuvre par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) pour permettre l’émancipation et l’épanouissement des jeunes de 12 à 20 ans. Après une formation axée sur le coaching et le développement personnel, les bénéficiaires sont amenés à prendre en main leur avenir au travers d’une initiative qu’ils auront pensée eux-mêmes.

Sécurité alimentaire et résilience


Les activités de résilience du PAM.


  • Dans la région de Mopti au Mali, comme dans tout le Liptako-Gourma, la pauvreté des sols se combine aux effets du changement climatique. Il en résulte des niveaux élevés d’insécurité alimentaire et nutritionnelle.

    À Soufouroulaye, le Programme alimentaire mondial (PAM) a mis en place une série d’actions visant à renforcer la sécurité alimentaire et la résilience des communautés. La création d’un jardin communautaire permet la disponibilité de nourriture tout au long de l’année, notamment pendant la période de soudure, et améliore la nutrition de la population.

  • La restauration des terres avec la technique agricole des demi-lunes et la création de digues filtrantes et d’un étang permet une meilleure culture des terres et le retour de la pêche. En échange d’un petit salaire, toute la communauté participe à la réalisation des travaux. Enfin, la laiterie du village a été réhabilitée, améliorant ainsi la qualité et la quantité des produits laitiers et permettant la création de plus de 10 emplois.

  • Doungo Dembélé

    33 ans, mère de quatre enfants à Soufouroulaye au Mali


    « Je cultive de l’échalote en ce moment et avant j’ai eu de la salade. Cela me permet d’alléger mes dépenses familiales car tout ce que je devais acheter pour manger, maintenant je le cultive ici et l’argent que j’ai, je peux le mettre dans autre chose que de la nourriture. Avec cette récolte, il y a une partie qui va aller dans la consommation et une partie que je vais transformer en cube de poudre d’échalote (soumbala) pour le revendre. Je n’ai jamais vu un projet comme celui-ci. Nous travaillons dans les champs pour nous-mêmes et en même temps nous recevons de l’argent pour le temps de travail communautaire (assistance en cash). Grâce à l’argent que je reçois, j’ai pu payer des cours privés à mes enfants et aussi payer certaines denrées alimentaires. Je me suis aussi soignée parfois avec cet argent. »

« En aidant les gouvernements à rapprocher les réfugiés et leurs communautés d’accueil, les acteurs humanitaires et de développement doivent œuvrer pour garantir l’accès à l’éducation, à la santé et aux opportunités économiques. »


Filippo Grandi
Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés.