Bassin du lac Tchad


À la frontière de quatre pays, le Tchad, le Niger, le Nigéria et le Cameroun, le lac Tchad connaît une crise multiforme, à la fois sécuritaire, humanitaire et écologique.

Carte du lac Tchad
  • 8%

    de la superficie du continent africain

  • 30M

    de personnes

  • >50%

    de la population vit de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche dans le lac

  • (Source : OCHA)

La crise dans le bassin du lac Tchad demeure une des crises humanitaires les plus graves au monde.


  • Jadis l’un des plus grands réservoirs d’eau d’Afrique, le lac Tchad assurait la survie de millions d’habitants. Mais plusieurs catastrophes écologiques, dont des sécheresses causées par le changement climatique et la mauvaise exécution de projets de barrages et d’irrigations, ont causé une diminution d’environ 90% de la taille du lac depuis les années 60 alors que la population du bassin, elle, n’a cessé de croître. En conséquence, la réduction considérable des moyens de subsistance a entraîné une augmentation des mouvements migratoires et une multiplication des conflits entre pêcheurs, agriculteurs et éleveurs.

    Dans ce contexte alarmant, le groupe terroriste Boko Haram a attiré ou enrôlé de force, depuis sa naissance en 2009, de nombreux jeunes privés de leurs droits et d’opportunités d’emplois. Au cours de la dernière décennie, l’insurrection du groupe terroriste a fait plus de 36.000 morts et déplacé plusieurs millions de personnes de leur foyer. Les meurtres, enlèvements et violations des droits humains se sont répandus et les femmes et les filles font face à un risque élevé de violences sexuelles. Les infrastructures ont été endommagées, privant des millions de personnes d’accès aux services de base - éducation et santé – déjà peu présents dans la région avant le conflit.

  • Près de 10 millions de personnes ont besoin d’assistance humanitaire et de protection*.

    La crise prolongée nécessite une transition rapide vers l’autosuffisance. Les déplacés doivent pouvoir commencer à reconstruire leur vie avant même que le conflit ne soit entièrement résolu. En outre, la collaboration accrue entre les différentes stratégies humanitaires et de développement doit être poursuivie et renforcée.

    La stratégie de stabilisation du bassin du lac Tchad mise en place par les Nations Unies passe par une approche régionale et transfrontalière avec une réponse holistique et structurelle aux problèmes de développement. Elle comporte plusieurs pilliers, dont la prévention de l’extrémisme violent et la construction de la paix, la réintégration des personnes associées à Boko Haram et enfin le renforcement de la résilience à travers la mise en place d’actions pour lutter contre le changement climatique et relancer l’économie.

  • * Source : OCHA / Mai 2020

L’urgence humanitaire


  • Si la réponse humanitaire s’est accélérée au cours des quatre dernières années, avec une forte augmentation du nombre de personnes recevant de l’assistance, l’insécurité qui prévaut a également conduit à la suspension de certaines opérations.

    Les habitants des quatre pays du lac Tchad ont dû fuir les attaques de Boko Haram, le recrutement forcé et les opérations militaires dans leur village natal, où des mesures de sécurité strictes ont rendu la vie quotidienne encore plus difficile. L’insécurité et les attaques armées récurrentes empêchent toujours le retour de millions de personnes déplacées dans leur foyer. En juin 2020, il y avait 4,8 millions de personnes déplacées dans la région.

  • 2.683.136

    (56%)

    Personnes déplacées internes.

  • 1.668.601

    (35%)

    Personnes de retour après avoir été déplacées internes dans leur pays d’origine.

  • 213.625

    (4%)

    Personnes de retour après avoir fui dans un autre pays.

  • 254.112

    (5%)

    Réfugiés en provenance d’un autre pays.

  • (Source : Sur le total des déplacements dans la région - OIM / juin 2020)

  • Site de déplacés Arabic village, Ngala, Nigéria, juin 2019 – PNUD / Malin Fezehai
  • Attah Modu

    Déplacée interne dans l’état du Borno au Nigéria


    « Boko Haram a contrôlé notre village pendant 4 mois avant que l’armée ne nous délivre. Quand nous étions dans notre village, il n’y avait aucune sécurité, nous n’étions jamais tranquilles. Un jour c’était ton voisin qui pouvait être tué, l’autre jour ton ami. »

    L’état du Borno au Nigéria est l’épicentre de la crise humanitaire dans le bassin du lac Tchad. Le nord du pays compte 78% des déplacés et réfugiés de la région. L’Organisation Internationale pour les migrations (OIM) est responsable du hub humanitaire dans le nord-est du pays.

  • Hawa Ibrahim

    Réfugiée au camp de Dar es Salam à Baga Sola au Tchad


    « Depuis que nous avons mis en place le comité de dialogue, nous avons réglé plusieurs conflits, notamment des conflits conjugaux, des conflits avec les nouveaux arrivants ou des conflits entre réfugiés et populations locales, notamment sur l’accès à la terre. »

    Originaire du Niger, Hawa vivait au Nigéria avec son mari pêcheur lorsqu’en 2014 son village a été attaqué par Boko Haram. Elle a trouvé refuge au Tchad où elle est membre du comité de dialogue du camp de Dar es Salam pour régler les conflits entre communautés hôtes et réfugiés, une initiative soutenue par le PNUD.

  • Site de déplacés et de réfugiés de Dar es Salam, Baga Sola, lac Tchad, Tchad, février 2019 – PNUD Tchad / Aurélia Rusek

Lutte contre l’extrémisme violent


  • La persistance et les moyens d’action de Boko Haram ont eu d’énormes effets négatifs sur les jeunes de la région, en raison du lavage de cerveau, des mensonges et des recrutements forcés infligés aux jeunes pour qu’ils viennent grossir les rangs de ces groupes extrémistes violents. La confiance envers les autorités administratives et traditionnelles s’est aussi délitée, poussant certains jeunes à se radicaliser.

  • Alhady Abali

    Président du comité de vigilance de Guitté au Tchad


    « Nous avons bénéficié de nombreuses formations au cours desquelles nous avons appris comment sensibiliser les jeunes contre l’extrémisme violent, comment résoudre les conflits, comment utiliser le système d’alerte précoce. Nous avons aussi appris à accepter ceux qui sont partis avec Boko Haram et qui souhaitent revenir dans leur communauté. Nous devons les réintégrer pour qu’ils vivent avec nous. »

    Acteurs incontournables dans la lutte contre Boko Haram, les comités de vigilance informent les autorités de la présence de personnes suspectes dans les villages. Au Tchad, les acteurs communautaires, forces de l’ordre, communautés transfrontalières, groupements de femmes et membres de comités de vigilance ont été formés à la détection et à la prévention de la radicalisation, au dialogue intercommunautaire et à la gestion des conflits par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).

  • Bernadette Weyme

    Jeune ambassadrice pour la paix à Mémé au Cameroun


    « Je souhaite que la paix revienne dans notre ville. À Mémé, trois personnes sont mortes dans des attentats-suicides de Boko Haram en 2018. Ce jour-là, j’allais au marché quand mon père m’a appelée et m’a dit de fuir. J’ai tellement peur que de telles attaques reviennent dans notre ville. Ici nous accueillons beaucoup de déplacés internes. Certains viennent prendre de l’eau dans notre puits et parfois nous n’avons plus assez d’eau pour notre famille, nous devons donc marcher jusqu’au marigot et c’est très loin. Avec cette formation d’ambassadeurs de la paix, je voudrais organiser des pourparlers pour parler de ce problème de l’eau. Si nous donnons de l’eau au peuple, nous donnons la paix. »

    Le projet conjoint « Jeunesse et Stabilisation pour la Paix et la Sécurité » mis en œuvre par UNFPA, UNICEF et le PNUD dans l’Extrême-Nord du Cameroun a pour objectif de promouvoir la culture de la tolérance et du « vivre-ensemble », de faciliter la réinsertion socio-économique des jeunes et d’améliorer la performance des élèves dans les écoles coraniques.

  • Maroua, région de l’Extrême-Nord du Cameroun, mars 2020 – UNFPA / UNICEF / PNUD / Aurélia Rusek

Réintégration des ex-associés de Boko Haram

par le PNUD



  • Depuis 2016, le Tchad, comme les autres pays du bassin du lac Tchad, assiste au retour volontaires de Tchadiens partis de gré ou de force rejoindre les rangs de Boko Haram dans les pays voisins. Certains sont retournés dans leurs villages sous la supervision des autorités traditionnelles, d’autres ont été regroupés dans différents sites. Celui de Koulkimé accueille près de 300 ex-membres de Boko Haram sous la surveillance des militaires.

  • Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) au Tchad travaille en étroite collaboration avec les institutions nationales pour rendre le cadre légal plus répondant à la dynamique de l’extrémisme violent et aux dispositions internationales relatives au respect des droits humains. Pour la première fois en février 2019, dix ex-associés de Boko Haram ont témoigné en public lors d’un forum de réconciliation soutenu par le PNUD.

  • Koulkimé, lac Tchad, Tchad, février 2019
PNUD Tchad / Aurélia Rusek
  • Idriss Ali

    Ancien membre de Boko Haram, site de Koulkimé 3 au Tchad


    « Je suis resté avec eux pendant 3 ans. Beaucoup de choses se sont passées là-bas. Au départ, nous pensions que c’était le bon chemin, puis nous avons réalisé que ce n’était pas bien. Si nous avions su qu’ils nous mentaient, nous n’y serions pas allés. C’est pourquoi je suis revenu au Tchad. Aujourd’hui, nous vivons essentiellement de la pêche. Si nous pêchons suffisamment de poissons, nous le fumons. Puis nous allons le vendre au marché. C’est ça notre mode de vie, nous n’avons rien d’autre que cela. »

    « Ce forum m’apporte beaucoup de choses. Nous avons été très bien accueillis. Avant nous étions en brousse. Nous étions livrés à nous-mêmes, maintenant les gens s’intéressent à nous. Si je pouvais, j’irais à l’étranger raconter mon histoire. Je sensibiliserais les gens non seulement ici au Tchad mais aussi ailleurs pour déconseiller aux enfants de partir chez Boko Haram. »

Résilience et sauvegarde du lac

par UNESCO



  • Le projet « BIOsphère et Patrimoines du lac Tchad » (BIOPALT) mis en œuvre par l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) et la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT) a pour objectif la sauvegarde du lac Tchad, menacé de disparition.

  • Le projet comporte une large gamme d’activités, allant de la mise en place d’un système d’alerte précoce aux sécheresses et aux inondations à la restauration d’écosystèmes dégradés comme les frayères, la spiruline ou la vache Kouri tout en accordant une attention particulière aux activités génératrices de revenus à travers la promotion de l’économie verte et la valorisation des ressources naturelles du bassin.

  • Lac Tchad, octobre 2019 – UNESCO
  • La spiruline

    Économie verte du lac


    La spiruline (Arthrospira platensis) est une algue bleue riche en protéine et en vitamines, particulièrement intéressante pour combattre la malnutrition. Originaire du lac Tchad où elle est utilisée par les femmes du Kanem depuis des millénaires, elle est aujourd’hui produite facilement et à grande échelle dans divers pays à des fins alimentaires ou encore cosmétiques. Le projet BIOPALT s’attache à soutenir les populations locales dans leurs projets d’économie verte concernant la production de la spiruline, mais aussi dans un projet pilote de réhabilitation écologique d’un lieu de production de spiruline afin de développer durablement l’activité de ces femmes et améliorer leurs revenus. Cette femme espère ainsi espérer pouvoir envoyer ses petits enfants à l’école avec ses revenus additionnels.

« Si nous parvenons à répondre aux griefs de la population de manière appropriée en mettant un terme à la spirale de l’insécurité, des déplacements forcés et des conflits, la situation dans le bassin du lac Tchad pourra être stabilisée et les fondements du relèvement et du développement seront établis. »


Ahunna Eziakonwa
Administratrice assistante du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), Directrice du Bureau régional pour l’Afrique.